Ecrasée de pigeon sur la 8 (incident technique ?)

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avril 27, 2017 par Parallèles Potentiels

Non mais la 8, le soir !

Direction Balourd/Crétin

8 minutes entre chaque train

How can you deal with that?

En plus, le soir avant de prendre ce métro gnome-là

De Réaumur, changement Opéra

vers un bel appart du côté de Mad haleine

Je me pris un pic statistique d’improbabilité en pleine poire

Sans incident technique, pourtant. Ou bien c’est moi.

sad passiflore Riedel

Au croisement des rues Berger et Rambuteau, je marchais dans la ville retrouvée depuis la veille, me disant quand même que les piétons étaient innombrables, marée humaine vous ignorant totalement lors des frôlements de coude ou genoux, sacs incontrôlés.

Un amalgame entre piétons et volatiles, que nous connaissons tous malgré nous, à force d’en croiser se volant dans les plumes sans mot dire, tapissait mon regard aux Halles. Vous savez comment c’est : de retour en ville. Après dix jours d’absence dans la nature, du Col d’Eze à Grasse, un itinéraire de jardins passant par Nice, Menton. Puis Roquebrune avec mon oncle, me faisant découvrir  le jardin Hanbury de Vintimille le lundi San Remo le mardi, mercredi l’Institut océanographique du prince explorateur Albert Premier à Monaco (qui ressemble de plus en plus à un mini Hong-Kong à la con). A force de constructions échevelées, sans parler de l’extension sur la mer de 7 hectares, qui est lancée, il y a déjà mille piquets plantés dans la mer. Mais recentrons.

Car là, voilà t’y pas qu’un nachdin pigeon (effrayé par quelque préalable rencontre au carrefour d’avant de sa vie ingrate ou pas) me fonce dans la joue droite, m’écrasant l’aile droite du pif pour le même prix !

 

Mais vraiment. Et vite. Ca n’a l’air de rien ; on se dit, c’est léger, une écrasée de pigeon. Ca fait rien, sauf du dégoût rétroactif. Mais en fait, lancé à pleine vitesse, non. Ça fait plus.

 

En 44 ans de Paris, de ma vie de piéton/pigeon écumant les plates-bandes du réel urbain jour après jour, innombrable parmi les êtres in dénombrés (voire invertébrés ?), je ne m’étais pas pris un pigeon pleine face. Et doutais que cela pût m’arriver.

Pourtant, quand l’on y songe, ce n’est pas si improbable. Il fallait que je m’en prenne un. Statisquement. Il y en a un par piéton, de pigeon :  ils furent conçus en nombre égal par la préfecture de l’existence.

 

Sans compter les rats en quantité égale. Mais par en dessous, les rats : ils ont le bon goût de ne frôler que les pieds, au pire des cas. Sauf bien sûr les partisans de MLP (une recette de tripes populistes à la mode bretonne en vogue cette année-là, grondant depuis le années de la mite errante).

Pourtant, les Bretons ne mangent que peu de ce pain là…

Bon, se prendre un pigeon dans la gueule, ça remet les pendules à l’heure. Sans constat. Mais à l’aimable. On s’en remet : dix minutes et deux kleenex humides après. Chez Agnès B rue du Jour, ce soir-là. Elle est si gentille, Agnès, son personnel tout autant.

Pourtant, je préférais de loin quand je descendais de la Mouraria vers le vieux marché textile indien un peu moisi de la place Martim Moniz, à Lisboa.

Pour le faire et pour le prétexte parfois d’y glaner quelque pantalon cheap & fun avec l’une de mes filles, au début du vingt-et-unième siècle. A l’unisson, entre deux broutilles génerationnelles et découvertes d’orangers en fleurs, sentis par l’un, ignorés par l’autre jusqu’à ce que votre attention l’y porte.

Entre deux charges de scooteux à capuches inondant les rues de leurs moteurs de tondeuses à gazon pleine charge, de tramways grinçants de l’ancien temps, de conducteurs de voitures (em)pestant, nous y redécouvrons l’itinéraire (fléché depuis 8 ans) des chanteurs et chanteuses de fado des petites rues encore pauvres (pas encore gentrifiées par la premiumisation des villes des niches marketing) cette partie du boa (qu’on nomme Lisboa).

Les cabarets où ils se produisaient, la sculpture en marbre d’une guitare portugaise commémorant tout cela à l’arrivée pavée en bas, juste avant le marché, qui mènerait ensuite au Rossio triomphant du main stream, puis au fleuve, Praça do commercio, via la rua augusta Piétonne si agréable.

Cette ville où AirBandbee se fait des bouilles en or, en plus d’une valeur ajoutée de baratin sociétal d’économie collaborative. Comme dans toutes les cités du monde.

Mais comme ça marche du tonnerre, le tourisme, les hôteliers carburent aussi : tout le monde est content. Sauf en partie les lisboètes qui ne mettent plus les pieds dans le centre l’été, me confiait l’un d’entre eux, qui se trouve être mon cousin. Mais peu importe, les statistiques du tourisme cartonnent. Et le tissu ancien se transforme en loungerie. C’sst bon pour le bus et ça fait du buz pour les nouveaux arrivants, ceux du millénaire, débarquant bientôt sur le marché.

Je n’ai pas leur avenir et je suis leur passé. Ils sont le passé de leur avenir. Et c’est comme ça que c’est bien : je me nourris parfois des sourires insouciants de jolis visages féminins tout neuf, croisés dans le métro sur la 8.

En attendant le soir, durant 8 minutes d’un distrait espoir. Sur la ligne du Bal, je fais de mon histoire un petit destin d’art. Vers Créteil. En pensant que pour se prendre un pigeon dans le coin de l’œil, j’ai bien dû être à un moment en être un, ou bien un crétin. Façon quatrième dimension… M’infligerait-on ainsi quelque punition ? Non, juste un pigeon dans la gueule, aussi effrayé que moi. Voire plus, toutes proportions gardées.

Vous savez ce que ça fait de coincer le silence d’un dimanche de printemps dans l’embrasure de la porte pour qu’il ne se sauve pas ? Vous le calez bien solidement, le silence, arrimé à votre mémoire dans la lumière des cinq jours anticycloniques prévus, entre Lisbonne, que vous allez faire découvrir à votre cadette, retour Paris et Ypres en enchaîné 24 heures. Et fugacement Dieppe, la cathédrale de Rouen. Juste à côté, la halle Jeanne d’Arc tout droit sortie du moyen-Age sans l’hymen de la pucelle. Et toujours, la promesse de la lumière et des fleurs à foison, le silence solaire d’un dimanche matin de changement d’heure.

Faites revenir le tout avec de la nuit écoulée, sa promesse d’été implicite à venir, du Arles peut être fin mai au Jules César, les voix de 5 passants dans leur complicité anonyme riant dans l’embrasure de la fenêtre battant. Acheter du déboucheur pour la salle de bains au Carrouf du carrefour avant que ça ferme.

Et vous traitez. Coincez cette fichue porte d’entrée, colmatez-là à jamais au mastic, ça la transforme en Majestic. Elle est bonne pour la douche dans la suite présidentielle du Plazza où vous n’avez pas mis les pieds. Ainsi elle ne claquera plus jamais dans les oreilles et ressuscitera peut-être la Nouvelle Athènes, du côté de la rue Bleue, Choron. Non, plus près de Notre-Dame de Lurette.

Sans ces satanés bouchons de nuit que vous ne supportez pas de toute façon. Avec ça, quelques relents de mouettes comme on en entend sur les hauteurs parisiennes de Menilmuche, vous mettant la mer à la bouche.

Le goût que ça vous prend un 239 mars aux échalotes rissolées, vous voyez ? Le sucré dans les narines, mi-ecoeurant mi alléchant, le blanc virginal du cabillaud poché aux yeux d’herbes de la garrigue à l’odeur d’immortelle à peine anisée. Vous m’en direz des nouvelles !

Velours du vouvoiement, celui qui brûle de découvrir l’autre dans l’ombre de la porte lumineuse ne se fermant jamais, suspendue dans le changement de temps. Celui de la première heure commune, du premier jour ensemble! Et toujours cette idée de la Côte, l’été. Juste une idée dans le rétro de la énième DB 5 d’Olivier. En guise d’idéal. Celui de la promesse d’été.

Et tu te débarrasses du superflu, tu fais le vide en te concentrant sur la tendre heure de la bouchée de cabillaud, encore et toujours. Jusqu’à l’os tu l’élimines, cette heure perdue-regagnée! Celle de la promesse d’été.

Le temps qu’il m’a fallu

Pour le comprendre

Une promenade en forêt

De deux heures

Comme l’on en fait tant

mais pas assez, avec vous en tout cas

une seule promenade est le carré de la somme de tous les évènements du monde

Elle équivaut à deux ans d’actualité

 

Sentir l’odeur des sous-bois sous son nez

Une note de champignon les yeux fermés

Pendant deux minutes

Celle d’humus un peu moisie

D’une branche morte par terre ramassée

Frottée entre les doigts d’une main

Pour en exhaler l’odeur sans fin

Dans la promenade du matin encore frais

Dans celle de la chaleur d’une après-midi d’été sudoripare

Frotter sous une aisselle une, deux, trois

L’idée de mille fleurs, expressives ou muettes

Pour mêler senteur florale et légère sueur

S’Enivrer doucement des molécules ainsi mélangées

En se frottant le front avec la main qui a mêlé cela

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4 réflexions sur “Ecrasée de pigeon sur la 8 (incident technique ?)

  1. BG dit :

    pigeon petit pois de mon enfance, que ne restes-tu dans les pigeonniers que la ville a construits pour toi?

  2. BG dit :

    liste des pigeonniers de Paris à diffuser aux
    pigeons égarés dans le métro, tentés par le moi pas travail moi pas chômage moi pas granulés… http://cousin.pascal1.free.fr/photos_paris.html

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