HK, Cambodge, Vietnam, âmes de la maison de l’Amant en supplément

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mars 6, 2017 par Parallèles Potentiels

Carnet de bord. Allez, on commence par une pincée de Hong Kong. Puis du Cambodge, du Vietnam, de nouveau du Cambodge… L’album Google est là : 35 jours de regards, 10 minutes pour le faire défiler ! Vous verrez, c’est d’un bon rapport… Go ! Parallèles Potentiels du voyageur riedelien

Petite suite sans fin…

Voir sans limite de visage, sans vis-à-vis, sans effet d’entre-soi ni de groupe assisté, un peu infantilisant. Sans cet effet de voyage en bande de copains si cool, si délassant. Un peu peu lapin crétin aussi, à force de parlotte ou belote entre amis… Sans l’effet de couple amoureux non plus, si doux, si douillet, d’un confort si sirupeux (entre deux conflits). Seul…

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Voyager seul, donc. Ce n’est que ça, pas une fin en soi, une souffrance solitaire parfois, la nostalgie de ce qui n’existe pas, comme de ce que l’on a pas assez ou trop connu…

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Mais c’est déjà ça. Pour voir sans entrave, sans ses origines géographiques, sans son déterminisme socio-culturel. Pour cela, mieux vaut être seul, qui à retrouver des amis parfois, à s’en faire d’éphémères.

Comme ce dessinateur australien (en rupture conventionnelle de couple négociée pour 16 jours avec sa dame). il me raconte qu’il a dormi deux nuits dans la belle maison de L’Amant dans le Delta du Mékong, qu’il dessina.

L’Amant * était un marchand chinois possédant donc une maison pleine de charmes, aujourd’hui transformée en musée le jour et deux chambres d’hôte la nuit. L’australien m’assura y avoir entendu des bruits de pas durant la nuit alors qu’il s’y trouvait seul, l’autre chambre n’étant pas louée durant les deux nuits qu’il y passa. Et pas des grincements de parquet : il n’y en avait pas. Il eut un peu les chocottes, les foies, les frissons, puis se rendormit. Quand il s’en ouvrit le lendemain, on lui dit qu’il avait du rêver.

L’Amant chinois est donc un personnage de l’un des derniers livres de l’écrivain Marguerite Duras, qui obtînt le Prix Goncourt pour cette histoire d’une liaison gentiment torride de sa jeunesse en Indochine, où elle grandit élevée par une mère institutrice.

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J’en profite pour glisser au lecteur bienveillant quelques réflexions sur le voyage, en filigrane avec une consoeur blogueuse.

« Etre vrai conduit à faire un vrai voyage, non ? » me dit Affranchie, du blog voyage éponyme.

Je sais que je n’en sais rien. Je sais que le vrai, à la recherche de l’authenticité perdue, pour paraphraser Proust, est aussi un mythe, que mon moi cultive avec délectation d’ailleurs. Je crains qu’il ne mène à rien.

A l’aune de mon humble expérience de dandy du réel, de zorro/zéro démasquant l’imposture, à commencer par la mienne, je serais tenté de dire que pendant mon dernier voyage au Cambodge et au Vietnam…

S’arrêter une demi-heure à l’angle de trois rues, durant mes pérégrinations à pied, juste pour regarder comme un ruminant ce qui (se) passe…

Absorber comme une éponge les microsillons du réel vous entourant, les scènes de ses mille personnages croisés (c’est le travail du journaliste aussi) – je ne l’avais jamais fait à ce point jusqu’alors – est devenu un but…

Et non plus un moyen

Echanger alors avec des passants via yeux et sourires ce que la parole ne permettait pas, ou si peu au delà de l’anodin et de complicités sur trois fois rien.

En voir certains sourire de ma position d’observateur immobile. Comme s’ils comprenaient fort bien mes tentatives d’imprégnation…

Et passer par les côtés, de biais, tel le crabe, de guingois. Ne plus jamais arriver par l’allée principale. Circuler à la marge, en passager side car de son propre regard. Pour les multiplier…

Cheminement dont cet album photo tente modestement de rendre compte.

Voyager, se mettre en scène visuelle voyageant

Sur ce thème, une réflexion de la blogueuse voyage « Affranchie ».

Miroir des miroirs selfiques incessants que nous (nous) tendons pour nous sentir plus vivants. Dans le culte du présentéisme qui nous tient lieu de foi…

https://affranchie.blog/2017/01/03/voyageurs-des-temps-modernes/comment-page-1/#comment-380

Le degré de philosophie de l’acceptation de l’auteure ne devient-il pas considérable quand elle dit :
« Le pire des mensonges est le mensonge à soi même. Il faut avoir conscience de cette part de falsification pour être authentique et vivre un vrai voyage. »

Elle n’a pas tort. Nous voyageons nantis de nos illusions, de notre mythomanie, ou disons de la romance que nous créons sur l’écrin blanc de nos visions et choses vues. On brode, quoi ! On se fait son roman intérieur. et puis des tonnes de photos en plus.

ll n’y a pas de vrai voyage ! Il n’y a de vrai qu’en soi, serait-on tenté d’ajouter. Il n’y a que du cheminement intérieur extériorisé.Et vice versa.

Le tout en s’affranchissant de l’imagerie commerciale du voyage.

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  • L’amant de la Chine du Nord est un roman tardif de Marguerite Duras reprenant ses écrits de 1984, L’amant, publié en 1991 chez Minuit.
  • Couverture du livre L'amant de la Chine du Nord

    Le contexte

    « L’amant de la Chine du Nord », de Marguerite Duras, est en fait un re-travail de son roman L’amant écrit 7 ans plus tôt. Elle ré-imagine l’histoire initiale sous la forme d’un film et raconte ainsi la même histoire sous un angle plus complet, peut-être mature. L’amant et L’amant de la Chine du nord sont des mémoires romancés traitant de la naissance de la sexualité chez l’auteur, alors jeune – très jeune – fille propulsée dans l’environnement du Viet-Nâm dans les années 20, alors nommé l’Indochine Française. Et bien, permettez-moi d’être brutal : Ces romans racontent l’histoire de sa première relation sexuelle alors qu’elle avait 14 ans avec un riche chinois de 28 ans.

    Compte tenu du contexte il y a évidemment matière à récit. Le thème principal est donc l’approche de l’auteur vis-à-vis de la dynamique sexuelle.

    L’environnement

    Tout d’abord, mettons de côté le thème principal est jetons un œil amusé sur le style littéraire de l’auteur. La prose de Duras est vivante et luxuriante, et le fait qu’elle a écrit ce roman de la même façon qu’elle aurait donné des directives sur un plateau de cinéma (y compris les mouvements de caméra, les zooms et travelings), rend l’expérience de lecture extrêmement visuelle. Ce type de narration peut être perçu comme une difficulté, car le lecteur va se retrouver dans un rythme saccadé, asynchrone. Mais dans le cas de Duras, la magie fonctionne parfaitement pour deux raisons. D’abord, il s’agit d’un de ces livres dont le fond a presque autant d’importance que les personnages principaux. Les nuits de mousson chaudes, les champs de riz inondés, la nuit durant laquelle retentit le chant des jeunes gardiens de nuit vietnamiens, le pensionnat colonial, tout donne au lecteur un environnement lui permettant de se matérialiser fortement la seule chose vraiment importante, le personnage central lui-même. Ensuite, dans un film, tout spectateur connait les motivations d’au moins un personnage et tente d’analyser, parfois inconsciemment, comment l’acteur doit le jouer. Il n’a pas accès à la conscience interne de l’acteur. Une approche cinématographique est donc idéale pour se jouer des ambigüités dans les relations humaines : Ce n’est ni plus ni moins que ce qui est en jeu dans ce roman.

    Analyse du livre

    Commentaires

    L’univers moral de Duras est extrêmement sombre. Dans « L’amant de la Chine du nord », Marguerite Duras ne fournit pas de réponses claires au lecteur quand aux motivations réelles des personnages, seuls eux savent pourquoi ils agissent ainsi. Le lecteur est ainsi laissé libre de son interprétation, de ses sentiments. Si l’on compare le roman à, par exemple, « Lolita », on constate que dans ce roman l’auteur décrit Humbert comme étant un personnage délirant, un vieil homme sale et Delores Haze comme sa victime.

    Le personnage principal, connu seulement sous le vocable de « l’enfant », est issu d’une famille extrêmement pauvre de colons français vivant en Indochine. On apprendra plus tard qu’elle a déjà eu plusieurs offres de mariage ou de concubinage avec des hommes âgés de la trentaine et que sa mère l’avait pressé d’accepter afin d’alléger la pauvreté de la famille, mais qu’elle a toujours refusé. Dans son pensionnat, certains enseignants et même des étudiants choisissent de se prostituer dans les rues. Dans cette optique, sa rencontre avec son amant riche et son choix de s’y attacher semble une décision économique claire, issue du mieux qu’elle puisse faire dans sa situation.

    Mais les choses ne sont pas aussi simples qu’il n’y paraissent. Il ne fait aucun doute que L’Enfant convoite le Chinois – que son psychisme est, en fait, encombré de convoitises envers lui. Elle a des pensées incestueuses sur son jeune frère, avec qui elle est très proche. Elle est déjà impliquée dans une relation semi-sexuelle avec une de ses amies de l’école, et deux d’entre elles fantasment à l’idée de prendre la place de leur professeur prostituée – l’idée du sexe défendu étant particulièrement excitante pour elles. Dès sa rencontre avec le Chinois, elle est fascinée par son physique. C’est elle qui est la motrice de leur relation, elle semble agir comme si elle avait de réels sentiments pour lui, alors qu’en définitive, il ne s’agit que de reproduire les agissements d’adultes sans bénéficier des effets désirés.

    Bien sûr, bien qu’elle recherche et apprécie cette relation, tout n’est pas positif : Sa première expérience sexuelle est forcément douloureuse, et elle reste perplexe face à la force des émotions du Chinois quand il tombe amoureux d’elle. Il pleure avec émotion lorsque son père menace de le déshériter s’il l’épouse cette jeune fille, et de son côté elle le taquine en lui demandant de lui en dire plus sur sa vie en Chine. Marguerite Duras fait un travail d’écriture efficace pour décrire la sensualité de L’Enfant et sa sexualité précoce. Vient ensuite les questionnements inhérentes à la situation. Que se serait-il passé si elle n’avait pas pourchassé le Chinois, lui offrant sa virginité dans le seul but de soulager la charge de sa famille au lieu de l’avoir fait par pur amour ? Quel aurait été son sentiment vis à vis des hommes si elle avait cédée aux attentes de sa mère et qu’elle ait été vendu à un homme plus âgé ? Comment auraient tournés ses sentiments pour son frère, à la limite de l’inceste ? Et comment aurait évoluée l’ambiance du pensionnat si elle avait cédé aux avances de ses partenaires ? Duras délivre un semblant de réponse, peu prononcé : Si les évènements avaient été différents, elle aurait été une autre personne, complètement différente.

    Et voici une autre chose qui est assez inhabituelle dans ce type d’histoire : L’enfant et Le Chinois s’apprécient mutuellement, ils apprécient la compagnie l’un de l’autre. Ceci n’existe habituellement pas dans ce genre de situation, durant laquelle la relation est plutôt violente, passionnée ou distante, comme dans le roman « Lolita ». Ici, L’enfant et Le Chinois sortent tard le soir dans les restaurants de la partie chinoise de la ville, se racontent des histoires, rient de la franchise de l’autre. Pour être juste, il y a aussi beaucoup de pleurs dans le livre, et dans l’ensemble c’est un peu mélancolique, mais contrairement à Kristin Lavransdatter il y a aussi une grande part de plaisir, de jouissance de l’instant présent. Et même quand l’histoire parvient à son terme, le lecteur se sent triste car l’enfant n’a pas vraiment souffert d’avoir eux des relations sexuelles, elle ne les a pas vécues comme une punition. Toujours pour reprendre l’exemple de « Lolita », Tess Durbyfield ainsi que d’autres victimes sexuelles de la littérature meurent en couches. Voilà bien l’une des pires punitions que l’on peut recevoir.

    Le message

    Les protagonistes de Duras passent d’une expérience émotionnelle à une autre, raconte la vie, et se sert de cette trame pour ne jamais expliquer explicitement qui a raison et qui a tort. L’auteur fait un effort considérable pour ne pas montrer au lecteur son propre jugement sur une relation entre une très jeune fille et un homme plus âgé, et c’est aussi la force de ce roman que de laisser le lecteur seul juge de la moralité dans un tel cas. Il ne s’agit donc pas d’un roman d’amour, ni d’un roman décrivant l’oppression d’un peuple par une colonisateur. Pourtant, une simple lecture pourrait le laisser croire. Non, le vrai sujet, c’est l’importante question de la triangulation amoureuse : l’amour, le désir, et l’argent. Si L’enfant est plus ou moins en train de s’engager dans le métier du sexe, ça veut-il dire qu’elle n’aime pas le chinois ? Veut-elle dire qu’elle ne l’aime pas ? Si son premier sentiment en le voyant est la luxure, est-ce que l’on peut écarter l’argent de cette relation ? Dans quelle mesure le désir d’avoir de l’argent et d’avoir des relations sexuelles est-il entrelacés ? Et que devons-nous, en tant que lecteur, retenir de cette histoire ?

 

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3 réflexions sur “HK, Cambodge, Vietnam, âmes de la maison de l’Amant en supplément

  1. affranchie dit :

    Tu as ecrit un très bel article, complexe et varié…bravo à toi…. Je te remercie pour la citation…d’ailleurs ça fait tout drole d’être citée. Revoir le Vietnam fait tout drole ,je dois dire…
    J’ai lu et vu l’amant aussi… Duras est une auteure plus complexe qu’il n’y paraît…
    Bonne soirée à toi!

  2. BG dit :

    « L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. » Duras

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