Vie en ville, trop plein avide et vil (recrachant forcément sa splendoreur)

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novembre 6, 2016 par Parallèles Potentiels

Digression dominicale,  longtemps mûrie

(près d’un demi-siècle, quand j’y songe…)

Au croisement Réaumur et Turbigo,  on s’en souvient,le tempo est d’ordinaire de 1000 voitures-minute à petit pot vociférant. Hier soir encore, entre deux micro-péripéties urbaines comme quelque chose en moi les aime, ayant enfourché mon cyclo-destrier de 22 kilos (non sans avoir vérifié que la selle branlante ne m’empalerait pas fourbement au prochain feu rouge), je roulai jusqu’à la faille de San Andreas, le Champ de Mars par les boulevards, puis les quais.

Roule, ma foule, me disait mon coeur tandis que j’ accélérais écervelé, pédalant à fond les poumons (en extirpant mon trop plein de conscience) pour les doubler toutes ! Semer toutes les masse, passer à travers toutes nasses.

M’efforçant de semer tous les scooters aux odeurs de tondeuses sans gazon, les motos aux moteurs phalliques des hommes assis sur leur puissance démarrant au quart de tour, pleins d’une assurance passive de bonshommes sûrs de leur fait.

42 minutes plus tard, j’avais tété plus que mon quota de pots d’échappement et dépassé le temps velibien règlementaire de 30 minutes. Mais que m’importait ? N’avais-je pas accumulé 2890 minutes de bonus en remontant des velib vers des bornes Velib+ sur la butte où je vivais depuis 17 ans ? A raison d’un quart d’heure de bonus par remontée…

Alors, oui, j’avais craché tout autant. Je crache la vie, je crache la mort. J’arrache à la vie sa perspective de néant et inversement.Forcément, j’ai recraché la ville.  forcément, j’irai cracher sur l’idée de ville qui fait de moi un précipité dans les solvants. Je crache sur la ville. Je crache dans la ville, comme un chinois en Chine, un péruvien au Mali, un Malien à Malibu, pour ce que j’en sais ! Je ne suis pas fier de ça, mais je suis obligé de me cracher moi-même pour oublier que je mourrai en ville, aussi. Pour oublier que toute ville est aussi avide que vile.

Oh, Belleville, qu’ai-je à faire des péripapéticiennes que je croise sur tes trottoirs, tandis qu’à perdre haleine, je m’efforce de passer en fin d’feu vert vert ? Je n’en ai rien à faire. Je veux juste éviter de souquer les camions pendant le long feu rouge de l’Opéra. Elles ne valent, ces pauvres âmes, qu’en tant ingrédients de nos péripéties urbaines, des vies entremêlées par milliards dans nos villes. Je ne crache pas à mort car je suis encore sain, juste un peu, de côté, dans les escaliers du métro où je cours toujours.

Je grimpe ou dévale deux à deux marches, invariablement, fatigue ou non, pluie ou non, j’y cours toujours. C’est ma petite victoire wagnérienne sur moi-même. Quelque chose comme ça. Un jour, en sortant du métro Pigalle, après ma symphonie d’escaliers depuis les quais de la ligne 2, cela me valut une amende de 95 euros de la Ratp (Reste Assis T’es Payé, en interne). Infime crachat faubourien, pourtant discret !

Les deux inspectrices obèses, flanquées de leurs miliciens de sécurité, ne voulurent rien savoir. Je devais payer le fait d’expectorer. Cela ne m’a pas servi de leçon. Il n’y a aucune leçon à tirer des rançons exorbitantes des services légaux jouant leur petite comédie humaine. Pourtant, comment ne pas expectorer la ville ? Comment ne pas la recracher par chaque pore tant elle est pleine et vile ? Pleine de vie et de fumées mortelles, pleine de splendeurs urbaine sans pareille. Parfois pour m’en souvenir, je cours les Invalides en sortant du métro éponyme jusqu’à l’Ecole Militaire. J’aspire en le regardant le dome doré à la feuille d’or du monument, je l’aspire du regard comme en bouche.

Englué dans vos villes, j’ai recraché mouches et fourmis, miasmes et envies, haines et ressentiments, fierté de vivre en ville. Dans ma ville. Depuis 45 ans, celle ci. Avant, en tout petit enfant, ce fut un chouilla de Berlin, du Bonn aussi, du Nuremberg, du Würzburg aussi. Ville où mes parents se rencontrèrent. Puis Paris, ou fugacement encore un peu ils s’aimèrent, avant une mère à jamais amère….

6 mois à Milly-la-Forêt aussi, chez mes grands-parents, avant de partir en Allemagne, me rappelait ma maman dimanche dernier, tandis qu’un chanteur franco-portugais, Felizario, jouait pour son 74 ième quelques chansons au grand coeur, en guise d’horizon.

J’ai aspiré tout le réseau des catacombes, ses huit millions de parisiens éteints, leurs ossements, ce qui fit leurs vies. Et j’en ai recraché autant. Depuis la fin des années catacombes, c’est-à-dire le début de celles de la sécurité, depuis le 11 septembre 2001, donc, la quasi totalité des accès par les plaques d’égout ont été soudées. Et la ville m’a soudée aussi à elle par mégarde.

Je crache dans la Seine, du haut de la Passerelle des Arts pour ne faire qu’un avec le flux, ne faire qu’un avec son fluide leste, mêler nos fluides. J’en fis autant dans le Tejo à Lisboa, où je fus au bas mot 38 fois. Dans l’Iser à München (où la soeur de mon amie Katarina se noya de désespoir  une nuit de février déjà enfouie dans le temps, allez,20 ans). Dans le Rio Negro à Manaus, into the Thames à London, dans la Garonne toulousienne tandis q’un molosse peut-être enragé m’y mordait pendant un jogging…

La aussi, nos fluides s’entremêlèrent. En des proportions qui m’échappent, qui déjà de moi s’échappent.

Je crache la ville

J’arrache la ville

Je cache le trop plein de villes

En les recrachant, chemin faisant.

J’achoppe sur la mort, je la recrache

Arrache-néant et séant

je crache mon lot de nausées urbaines

Infime crachat faubourien, pourtant discret, passant, piéton haïssant le trop plein de voitures et d’êtres, les aimant tout autant, tour à tour éreintant leurs possibles, leur monstrueux cumul.

Je cache ma ville, je l’escamote de mes pensées, rien n’y fait : Y suis et y demeurerai.

Pour ma plus grande splendhorreur.

 

Ps : Oui, j’aime les mots valise néologiques.  M’en accorde quelque uns. Y avait pris goût adolescent à la lecture de Finnegans Wake, l’un des James Joyce les plus barrés, traduits par l’oulipien ingénieur poète André du Bouchet, qui aurait couché avec Joé Bousquet.

 

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Une réflexion sur “Vie en ville, trop plein avide et vil (recrachant forcément sa splendoreur)

  1. BG dit :

    oui mais trop de mots-valises avalisent (la banalité)

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