Jauffret, avatars d’SKK le têtard

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janvier 18, 2014 par Parallèles Potentiels

« En peul, le mot viol n’existe tout simplement pas ». Je me tâte pour créer un Label rouge du « Veau de ville français » pour les fessarts politiciens, j’y viendrai, je le crains. Enième avatar de l’affaire SKK… Pour ces « mi-cul fictions »*, Regis Jauffret, qui aime bien jouer les chacals,est allé enquêter à New York, à la prison Rikers Island, puis en Afrique, sur les traces d’une demoiselle, malgré elle devenue soubrette new yorkaise… Comme il le disait sur France Inter jeudi matin, « en peul, le mot viol n’existe tout simplement pas ». Régis Jauffret court en tout cas au grain (sur le prépuce ?) avec sa « Ballade de Rikers Island», atteinte à la « vie privée » d’un cochon trop public, friqué par (ex) alliance, défroqué du FMI. Car evidemment, le jour de la sortie du livre et de sa promo sur Inter, le dfroqué du Sofitel a attaqué le littérateur et la radio (tant qu’on y est) comme un doberman politique par avocat/laquais interposé… Il n’est bon qu’à ça. Même le montant de l’accord financier qui a étouffé l’affaire du Sofitel n’a jamais été révélé. C’est cet accord qui lui permet d’attaquer, c’est la caution payée par son ex qui a permis de le relâcher, de lui redonner sa pleine lâcheté. En français, le mot honte n’existe visiblement pas. Et en peul ? Il serait à hacher menu, on en fait de fictinnels menus… Quelle débandade… J’imagine déjà la sous-littérature de référence à venir sur les avatars présidentiels récents… Mais dans avatar, il y a tare, tout cela ne serait il pas complètement dispensable ? comme un steak tartare charolais avarié sur le tard ?

Trop tard !  SKK le têtard, le maudit queutard sur le tard est encore à l’honneur. De la lie. Le lira t’on, ce livre dont le centre est un pensionnaire de la célèbre prison new-yorkaise, sans nom ? On ne voit pas non plus son fion de déchu de luxe, surprenant, non ? Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’il s’agit d’un directeur du FMI auquel la France promettait l’Elysée jusqu’à ce qu’il jouisse dans la bouche d’une femme de chambre nommée Nafissatou.

Encore une preuve (certes indirecte) que « La gauche perd toujours les élections, surtout quand elle les gagne ». Elle ne retourne pas sa veste puisque, selon les experts, on ne peut pas dire la vérité en campagne. Ce serait naïf. Elle fait preuve de « plasticité ». Drôle d’ectoplasme que ce vocable labile pour animal politique roué et baiseur… Le fond de commerce de la France du XXI, héritage de celle du Marquis de Sade, est tout entier « con tenu » dans ses perspectives de croissance au XXième : culture, musée à ciel ouvert touristique, bonne bouffe. Et cul de Jud… Ah, oh oui !

Autant dire que cet anonymat n’est qu’une parodie de précaution juridique. Jauffret connaît la musique, lui qui a déjà eu des problèmes avec la famille du banquier Stern. Et moins d’un an après la condamnation de Marcela Iacub, il sait que son sujet mène plus sûrement au tribunal qu’à l’Académie.

Vous pouvez être sûr que dès le moment où on invoque la vie privée, dit Jauffret, dans le salon d’un grand hôtel parisien, c’est quand il y a un fait divers ou une affaire importante qui n’a rien de privé. Si vous prenez l’avion avec votre maîtresse, personne n’en parlera: c’est votre vie privée. S’il se trouve que vous êtes président ou si l’avion est détourné, ça finit dans la presse. Ça s’appelle la démocratie. Cette affaire n’est pas privée ! En France, l’idée se diffuse peu à peu que le romancier n’a pas le droit de s’emparer du réel, de l’histoire immédiate. On peut voir ce livre comme un refus de s’y soumettre.

Régis Jauffret (Sipa)

Le monde littéraire, plein d’auxiliaires de justice, hurlera peut-être à la prostitution du roman. Parce qu’il y a bien écrit «roman» sur la couverture. Le mot n’est pas uniquement là pour égarer les juges. «La Ballade» est un roman – d’une intelligence redoutable même.

En épigraphe, Jauffret s’autorise une déclaration liminaire, comme les défendeurs des chambres civiles: «La littérature, c’est la réalité augmentée.» Voilà le programme. Il mélange le vrai et le faux. Il grime la fiction en journalisme et le journalisme en fiction. Dominique KKahn a-t-il réellement un «M» tatoué sous les poils pubiens, à la base de son membre maudit? A-t-il pris de la «poudre de mouche cantharide» pour combattre la mollesse de ses érections, et cette poudre lui a-t-elle vraiment fait éjaculer du sang pendant des semaines? Est-il vrai qu’il aime mettre ses maîtresses en location? Qu’Anne Si l’enferme, et qu’il s’enfuit en cachette pour partouzer chez des armateurs méditerranéens ? Quand on le lui demande, il se fait évasif.

Couchez avec Strauss-Kahn et posez-lui la question. De toute manière, il y a très peu de faux. J’ai recours à la fiction quand je ne peux pas faire autrement, pour remplir ces espaces ce que les documents ne documentent pas. C’est-à-dire parler du temps. Le temps de Strauss-Kahn quand il entre à Rikers Island. Ou le temps d’Anne Sinclair. Elle a beau être protégée, le temps ne lui a pas été épargné. On dit: « A telle date, elle se réfugie chez untel, ou elle prend l’avion pour New-York », mais tout cela représente des heures, des jours. Que se passe-t-il pendant tout ce temps ?

Jauffret s’amuse. Comme dans «Claustria», roman prodigieux lui aussi tiré des pages fait-divers, il met sa drôle d’enquête en scène, campe une sorte de Tintin égaré chez les mabouls. En Guinée, perdu dans Conakry sur la piste de Nafissatou Diallo, entouré de barbouzes russes et de margoulins libanais, il dit à son fixeur: «Arrête de dire que je suis écrivain. On va me prendre pour un journaliste.» Son métier n’est pas de rassembler les informations vérifiables et disponibles, donc amputées du reste. Son métier, c’est de dire la vérité, qui sort toujours, étrangement, de la bouche des affabulateurs.

Ces livres sont plus difficiles à écrire qu’un roman, précisément parce qu’ils s’intéressent de près à la réalité. Ils ne la quittent pas. Le fait divers, je m’en fous. L’important, c’est d’aller sur place, et de comprendre la différence qu’il y a entre ce qu’on croit savoir et la réalité.

Il y a certaines choses que le journalisme ne peut pas apporter. D’abord parce que les journalistes n’ont plus de liberté. Quand on les envoie quelque part, ils ont l’obligation de ramener quelque chose. Moi, je peux ne rien ramener du tout. Et dans l’errance, on trouve des idées neuves ou inconnues, des sensations.
Aller au Sofitel, aux étages des suites, voir ces femmes seules, qui se tuent toute la journée à faire des lits King size, ce qui est physiquement éprouvant. Ça m’est arrivé plein de fois de tomber sur une femme de chambre qui était entrée sans que je l’entende. Et je me suis dit : dans quel état d’esprit faut-il être pour voir dans cette situation une invitation au sexe?
Après, je n’oserais pas me qualifier de ‘journaliste’, parce que je n’ai pas le même sérieux. Je ne suis pas rigoureux. Avec moi, ça part vite en couilles. Je pars entouré, parce que j’ai la tendance un peu aristocratique des écrivains franchouillards qui n’en branlent pas une et qui se disent: « Ça s’arrangera à l’écriture. »

Histoire de l’hypersexualité

Dans son dernier livre («D’âne à zèbre», Grasset), François Bégaudeau consacre un texte à DSK. Faisant parler Marcela Iacub, il se moque des intellectuels qui feignent d’être indifférents «à ce qui se passe dans la chambre», qui préfèrent gloser sur les «conséquences» de l’Affaire, sur «ce dont [elle]est le symptôme», qui justifient «leur intrusion dans la chambre par le poids politique du sperme qui y a coulé», et qui repoussent les questions qui les hantent:

ont-ils baisé et comment ? l’a-t-il forcée et à quel point? est-il aussi brutal qu’on le dit? ça veut dire baiser à quelle fréquence, ça? il a quand même 65 ans, il ne fatigue pas? il a des techniques pour recharger? pour se stimuler? depuis quand est-il comme ça? Anne Sinclair sait quoi au juste? accepte quoi? n’accepte pas quoi? l’a-t-elle parfois accompagné dans des boîtes échangistes? c’est quoi la goutte d’eau qui l’a fait partir?

Depuis la chute de DSK, un contingent de romanciers a tenté de s’emparer du personnage. Tous ont cherché à le métaphoriser: Roi Lear de l’apocalypse chez Zagdanski, cochon magique chez Iacub, bouffon burlesque chez Nabe. Jauffret, collé à la vérité, attaque DSK de front. Il le prend par devant. Où est-elle, sa vérité? Qu’y a-t-il derrière ce poker face en ciment qu’il n’abaisse jamais mais auquel personne ne croit plus?

Jauffret dresse l’histoire de son hypersexualité: comment un bande-mou, grâce au miracle pharmaceutique, se met à arborer des «érections à humilier Dieu» et devient cet homme au «peignoir bosselé» qui court après les femmes comme Benny Hill. DSK désire parce que la chimie le lui permet. Ses érections sont sans âme, donc sans limites. De même que son pouvoir politique ne vient pas de son génie d’économiste : c’est parce qu’il accédait au pouvoir qu’on lui a fabriqué un passé de génie. DSK est un type qui fait ce qu’il peut, et qui a le malheur de tout pouvoir.

L’histoire de DSK, c’est celle d’Anne Sinclair, personnage ambivalent, «femme piétinée»«épouse de l’ancien temps, éduquée pour subir», qui vole au secours de son mari comme une maman, mais n’est pas loin de se sentir une solidarité avec la soubrette. Elle se prend à rêver que DSK la libère de son fardeau médiatico-conjugal en se suicidant dans sa cellule, puis court dilapider son patrimoine à perte pour payer la caution et la maison de Tribeca.

A l’autre bout du monde, l’affaire DSK est celle d’une autre femme, l’inverse symétrique d’Anne Sinclair: Nafissatou, la peule illettrée dont on peine à percer la pensée, la femme violée par une brigade entière de soldats guinéens mais qui ne connaissait pas le mot «viol». Le roman est construit sur l’opposition de ces deux femmes impuissantes.

Anne Sinclair est un personnage qui nous est proche, explique Jauffret. Elle a vécu dans un certain confort, dans un monde qui nous est familier. Je peux facilement me mettre à sa place, et être dans le vrai même si je me trompe. Entre moi et Nafissatou Diallo, en revanche, il y a un abîme: elle appartient à une civilisation différente, qu’elle a en plus essayé de fuir. Mais surtout elle est analphabète. Essayez de vous imaginer analphabète: vous pouvez, mais ça n’est pas vous. C’est quelque chose qui transforme tellement l’intégralité de votre personne que c’est presque impossible.

Nafissatou se refuse à toute fiction. Jauffret tente de l’approcher, marche sur ses traces à travers les continents, sans savoir pourquoi. Elle est une sainte qui n’a rien fait de saint. Il se tient à distance respectueuse. Juridiquement, c’est stupide : c’est la seule qui ne lui fera pas de procès.

* mi-cul fictions : allusion à l’ouvrage fondateur de Régis Jauffret, « Microfictions« , que j’aime plutôt bien.

La Balade de Rikers Island, par Régis Jauffret,

Seuil, 432 pages,

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