Tanger rêve au futur passé

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juin 12, 2013 par Parallèles Potentiels

 

Un tiercé visuel gagnant ?

Tétouan l’andalouse,

Chefchaouen, la ville bleue,

Tanger, la cité blanche dominant le détroit de Gibraltar…

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Quatrième destination du Maroc, Tanger fut jadis interlope. Mais n’a plus rien de sulfureux, mis à part la contrefaçon. Et reste inspiratrice, fascinante. Et demain ? On veut booster la région.  En 2015, le TGV y mènera (de Casablanca), son port se reconvertira en marina de plaisance, la médina qui le borde sera réaménagée, ainsi que toute la baie. Un nouveau visage se profile, qui regarde dans le miroir ceux d’un passé très présent. Paella et tagine, architecture espagnole et maure coexistent, Hercule les a séparés d’un petit doigt :

L’Europe n’est qu’à 15 km de l’Afrique, vu d’avion en arrivant, c’est frappant, l’espace de quelques doigts d’Hercule en effet…

Ville de passage annuel pour un million de Marocains de l’étranger en congé, pour 100 000 touristes et de nombreuses espèces animales migratrices, Tanger fut jadis interlope. Mais bien tranquille aujourd’hui, et, fait appréciable, il n’y a pas de pression commerciale :

Personne n’appelle les femmes « gazelles ». Hercule a séparé l’Espagne de l’Afrique, faisant don à son fils Sophax d’une cité protégée par la mer. Devenu roi, il la nomma Tingis, ce qui selon certains signifie marais en berbère.
On y repense en survolant la région jusqu’au-dessus de Cordoue, Grenade, Séville, comme autant de réminiscences du Tanger espagnol, ville en zone internationale (de 1923 à 1956). Période qui a laissé tant de traces dans l’architecture du quartier espagnol, en contrebas de la médina et de la Kasbah. La ville, on le sait, a inspiré nombre de peintres, d’écrivains, de poètes : de Matisse à Pierre Loti, de Van Dongen à Delacroix ou Paul Bowles.

Joseph Kessel aussi, qui lui rendit hommage en 1952 dans son livre Au Grand Socco (souk en espagnol, nom d’un quartier commerçant). La « lumière fondue » chère à Matisse rejoint la mer en détroit, on la retrouve en façade sur chaque maison de la fabuleuse médina bleue de Chefchaouen, à 120 km de Tanger, dans le Rif. Ruelle de la médina de Chaouen 2

On l’aborde par le haut, sa cascade Ras El Ma et son lavoir dans son jus depuis cent cinquante ans. Et là, tout d’un coup, entre femmes battant leur linge et tapis bigarrés séchant au-dessus du lavoir, on plonge dans un tableau de Delacroix.

Vision saisissante, comme le sera plus bas celle de la médina riche d’un bâti andalou complexe, unique en son genre : un camaïeu de bleus tendre aux méandres irréels, enfants surgissant, femmes se dérobant aux regards incessants.

Le vieux Tanger grouillant de personnages montagnards surgis du Rif se dévoile aussi d’en haut, de la Casbah offrant la vue sur le détroit de Gibraltar et, par temps clair, sur
l’Espagne. On visite le Palais Dar El Mkhzen des arts marocains.
A quelques pas de là, le Dar Sultan, une maison d’hôte intimiste, raffinement et terrasse panoramique, bonne adresse souvent exploitée pour des photos de mode. On franchit ensuite les murailles par la Bab El Assa, la « porte du bâton », vers la mer, à travers les ruelles étroites de la médina. Ici se trouve l’ancienne forteresse portugaise qu’occupe l’association « Confluences musicales » gérant le principal festival de musiques traditionnelles du monde, fin juin (www.tarabtanger.com), concerts publics toute l’année, les jeudi et vendredi soir.

On sirote un thé à la menthe à la terrasse du très bel hôtel El Minzah, « la vue », ou du Continental, un peu décati comme les passés prestigieux. On va forcément aux grottes d’Hercule où se serait reposé le guerrier. Qu’on emmènerait volontiers faire un saut au légendaire café Hafa où passèrent tant de gens connus.

De Pierre Loti aux Rolling Stones, qui produisirent un album ici, en passant par des écrivains déjantés comme Jean Genet, dont on raconte qu’il passait à l’historique librairiedes Colonnes emprunter de l’argent au libraire à des fins, disons, douteuses. Son éditeur remboursait ensuite !

Sans oublier William Burroughs, auteur avant-gardiste jusqu’à sa disparition, lié à la Beat Generation, qui disait : « Tanger est vraiment le pouls du monde, comme un rêve s’étendant du passé au futur, une frontière entre rêve et réalité remettant en question l’un comme l’autre. Ici personne
qui soit ce dont il a l’air. »

On peut télécharger mon article et ses photos en pdf : ici.

Autre must, aux entêtants parfums jazzy, le Palais du Sultan Moulay Hafid, chef-d’oeuvre mauresque, abrite en septembre le festival Tanjazz (www.tanjazz.org). Six salles et au moins six styles de jazz : entre crooner swing, blues, oud ou contrebasse free, les spectateurs circulent, se délassent dans le grand patio. Au centre duquel flotte un entêtant parfum de jasmin en fleur.

Qu’on pourra retrouver en flacon d’essence naturelle, entre rose et bois de santal. Chez
Madini, un parfumeur ancien qui en crée une centaine depuis cinq générations (www.madini.com). Magasin dans la médina, un autre dans la ville nouvelle. Histoire de retrouver ces entêtants parfums tangérois conjugués à un temps fictif :

le passé présent à venir…

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