Xcursion, Hopper, hélas, la chair

Poster un commentaire

janvier 28, 2013 par Parallèles Potentiels

Je me suis raccroché au wagon de queue d’Edward Hopper au grand Palais. Il m’a toujours fait l’effet d’être un pendant transatlantique de Magritte, même si cette définition pourra sembler réductrice.

Après la fin de l'expo, les personnages de la toile du fameux  bar de nuit hyper- réel pastel  dérivent en quête d'auteur...(illustration_Romain Lamy Telerama)

Après la fin de l’expo, les personnages de la toile du fameux bar de nuit hyper- réel pastel dérivent en quête d’auteur…
(illustration_Romain Lamy Telerama)

Car en effet l’univers Edward H n’a rien à voir avec le mystère un peu sentencieux se dégageant de la geste magrittienne, que j’adore par ailleurs. Une ancienne affection teintée de fascination qui me fut transmise par ma mère (qui le révérait comme une petite fille devant une image iconique, si ce n’est tutélaire).

Ellle se réveilla, cette enfantine affection, lors de l’inauguration de son musée à Bruxelles en 2009.

Aparté : J’avais d’ailleurs discuté ce jour là pour un article avec son ayant droit, un fort élégant début de quinqua. Il était devenu ayant droit par un vrai petit conte de faits, un joli tour de passe-plats du hasard. Celui qui n’abolira jamais les dés des lieux :

L’ayant droit, pas le hasard, était livreur de teinturerie ou de chocolat (les deux hypothèses existent), devint le confident de  veuve Georgette (celle de Magritte). Dame esseulée, donc s’étant pris d’affection (platonique, pas nique) pour ledit livreur, jusqu’à le coucher sur son testament, et nulle part ailleurs. Que je sache, et peu importe. Donc, le voila, 30 ans plus tard, ayant droit divin de l’oeuvre de René, qui n’avait d’autre héritier que ses 208 hétéronymes en peinture. Top cool !

Mais je m’égare, encore un peu je remonterais au montres molles de son lointain cousin en surréalisme tendance roccoco-marchand, j’ai nommé Dali.

Donc, revenons tout rond à Hopper Edward. Qui me parait plus proche des intérieurs, des actions suspendues dans une dimension parallèle, d’un Klossoski de Rola, dit Balthus, voire de son frangin Pierre Klossowski. Parmi mes préférés, ces deux-là aussi. Evidemment, leurs personnages enduits bien profonds dans la perversion du regard, dans l’absolue nudité insoutenue, offerts, provocants, provoqués en dedans du dehors, sont loin de la neutralité de ceux de Magritte…

si propres sur eux qu’ils ne savent pas qu’ils existent

ou d’Hopper.

… qui semblent ét(r)eints par leurs appartenance aux coulisses de l’américanité triomphante. A rebours de tout rêve américain, et pourtant comme un rêve, une volonté de trêve hors de l’amère rique.

Nez en moins, ces trois peintres ont

en commun

quelque chose de kafkaïen.

Ensuite vint le sublime cousin Lucian Freud, (de la même famille que Sigmund, oui) aux personnages délictueusement inexpressifs, revenus d’on ne sait quelle bourde fondatrice, comme des acteurs appliqués ou d’authenthiques absents à leur propres être, entre les deux, mon coeur balance .

Très content d’avoir découvert certaines toiles Hopperiennes qui m’étaient inconnues au Grand Palais, dont celle-ci :

Hélice, le charme est triste, et j'ai lu...

Hélice, le charme est triste, et j’ai lu…

« Excursion into philosophy », d’Edward Hopper, 1959. Crédits photo : Coll. part./Grand Palais

Cette bien (re)nommée X cursion dans la philosophie me renvoie à cela :

je pense en voyant les personnages, ce livre lu par lui, cette lumière post-endormie pour elle,  au vers de la petite brise de Stéphane Mallarmé, ici peint par Manet,  qui hélas n’est plus en âge d’en faire :

« Hélas, la chair est triste, et j’ai lu tous les livres…  » *

Mais je serais tenté d’y attenter comme suit :

Hé lâche ! la chaire est triste, et j’ai vu tous les livres

Hé, lâcheur, l’achard est triste et j’ai lu tous les livres

Hélice, l’achard est à Trieste, détaché de la chair.

Pourquoi les personnages d’Hopper sont -ils si paumés ?

et pourquoi nous renvoient t’ils tant à notre propre errance ?

désarroi de l’absence de sens,

vanité d’un moment

en suspens

comme tant

dans  nos existences

Pour Luchini, il serait le «peintre de ce moment où rien n’arrive »

Mais moi, ce que j’en dis, c’est  :

Hé, lâche ce livre et reviens à l’origine du monde !

Hélas, la chair est triste et tous les livres m’ont lu

Hélas, la chair est truite et tous les livres m’ont lu

Hélas, lâcheur est triste, tous les livres mont élu

Hélas, l’affaire est christ et l’élu tous les livres

Hélas, la chaire est triste -et les lus – tout les livrent

Hé, las !  la chair est bonne et la fesse délivre

cette femme dort, cet homme lit sans con viction.

Hé, lisse, lâche heure est triste, et j’élus tous les ivres

de tempête

Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Levant l’ancre pour une exotique monture !

Dort mira qui pourra

hourra !

On conclura ces aimables agapes par deux autres toiles aimées,

même si  baignant plus

dans l’essence de cette banalité banlieusarde hyper-américaine

où l’on ne s’immole pas par le feu,

mais par la consommation :

P30128-125706

La jeune fille est là, mord (de lumière l’évanescence de sa robe brûle-pourpoint de 13 heures).

et celle ci :

P30128-125821

Je finirai par cette vue de sortie de Grand Palais

demi face de lune de parterre floral hémisphérique à finition jardiniers sourcilleux de leur droit à l’image. A deux pas du Rond-Point des Champs Elysées et de leur théâtre éponyme, revendiquant comme baseline un bien pompeux et déplacé   » rire de résistance «  sous la houlette de Jean-Michou –Post 68 en version institutionnalisé copain de toutou le monde – Ribes.

Parce que faire de la résistance dans l’hypercentre du 8ième arrondissement parisien, ça se pose là, comme engagement. Mais revenons à nos conclutifs moutons jardiniers :

P30128-141135Quelle baleine à tétons enterraient-ils là  à tâtons, sans hâte ni baillons  ?

* Pour le savoir, ressuscitons du Mallarmé bien aimé la petite brise marine:

◄  L’Azur
Aumône  ►
Nouvelle Revue française 1914 (8e éd.)
Brise Marine Mallarmé – Poésies, 1914, 8e éd. – (pp. 43-44)

La chair est triste, hélas ! et j’ai lu tous les livres.
Fuir ! là-bas fuir ! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux !
Rien, ni les vieux jardins reflétés par les yeux
Ne retiendra ce cœur qui dans la mer se trempe
Ô nuits ! ni la clarté déserte de ma lampe
Sur le vide papier que la blancheur défend
Et ni la jeune femme allaitant son enfant.
Je partirai ! Steamer balançant ta mâture,
Lève l’ancre pour une exotique nature !

Un Ennui, désolé par les cruels espoirs,
Croit encore à l’adieu suprême des mouchoirs !
Et, peut-être, les mâts, invitant les orages
Sont-ils de ceux qu’un vent penche sur les naufrages
Perdus, sans mâts, sans mâts, ni fertiles îlots…
Mais, ô mon cœur, entends le chant des matelots !

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Enter your email to follow that flow/Pour suivre ce blog

Rejoignez 2 081 autres abonnés

%d blogueurs aiment cette page :