Origine de la nostalgie, Starobinski

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décembre 19, 2012 par Parallèles Potentiels

Toucher au sublime

Un pas de côté

peur de l’abimer

Ich weiB nicht welchen Pschhhiiiit

Aber da es ist

Je ne sais ce que c’est

mais juste quand c’est

« Ecrite en 1966, une anatomie de la nostalgie, cette déclinaison de la mélancolie, permet de saisir le sens du travail de Starobinski. Le mot nostalgie est né en Suisse, dont les filles de campagne et les citoyens mercenaires, les fameux «suisses», éprouvaient en vadrouille le mal du pays (villages, vallées, familles et bruit des vaches). On appelait ce mal Heimweh, ou regret, ou desiderium patriae. Dans la marine anglaise, on le nommait calenture. Il était alors pris très au sérieux. Tous n’en mouraient pas, beaucoup en étaient atteints. Comment l’appelle-t-on aujourd’hui chez les centaines de millions d’émigrés ?

Johanes Hofer forge le vocable en 1688, à Bâle justement, où il présente la première thèse sur le sujet : «Il s’avisa d’abord de lui trouver un nom grec, car il n’était pas convenable en 1688 qu’une maladie, primitivement désignée par un nom vulgaire, n’ait pas son vêtement de cérémonie emprunté aux langues classiques. Hofer eut la main heureuse : à l’aide de retour (nostos) et de douleur (algos), il créa nostalgia, mot dont la fortune fut telle que nous en avons oublié l’origine.» La maladie, une fois en tenue de gala universitaire, ne s’applique plus seulement aux «âmes simples», mais s’étend aux «individus cultivés» : ils se mettent à éprouver ce dont on cause.

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«Nostalgie» entre en 1835 dans le Dictionnaire de l’Académie. Comme sa maison mère la mélancolie, il est devenu «littéraire (donc vague)». Starobinski a passé sa vie à préciser l’évolution de ces mots, mélancolie, nostalgie, des états qu’ils créent en les définissant. Médecin, lecteur, universitaire, essayiste, il se place au confluent et observe leurs vies successives et leur substance dans les définitions médicales, littéraires, esthétiques, communes, qui les nourrissent et les font évoluer. On peut écrire de l’Encre de la mélancolie ce qu’il écrit d’Anatomie de la mélancolie, chef-d’œuvre de l’anglais Robert Burton publié en 1621, best-seller cinq fois révisé, premier grand état des lieux de la notion : il «se présente comme le livre d’un lecteur qui a ouvert une infinité de livres pour composer le sien, puis pour le dilater et le compléter».

Bacilles. La nature de la mélancolie justifie ce projet : elle est toujours instable, toujours relative. A la fin du XIXe siècle, certains médecins cherchent par exemple à préciser sa nature psychosomatique. Ils n’ont pas tort ; mais le terme a été noyé dans trop d’états d’âme par la littérature romantique, par un bovarysme mélancolique, et l’époque est aux sciences dures, à la découverte des microbes et bacilles. Starobinski montre qu’il fallait alors qu’il en soit ainsi : il était devenu plus important de découvrir l’origine de la tuberculose, que de croire qu’elle provenait d’un état mélancolique. Même si celui-ci pouvait influencer sur le développement de celle-là. La Rochefoucault écrivait qu’«il y a des gens qui n’auraient jamais été amoureux s’ils n’avaient jamais entendu parler de l’amour». Starobinski suit l’histoire des gens qui n’auraient jamais été mélancoliques s’ils n’avaient jamais entendu parler de la mélancolie – mais qui, donc, le sont devenus. Une phrase résume le sens de son livre :«L’histoire des sentiments ne peut […] être autre chose que l’histoire des mots dans lesquels l’émotion s’est énoncée.» »

Le che § moi

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